Figures noires du Québec d’hier et d’aujourd’hui

Figures noires du Québec d'hier et d'aujourd'hui

Olivier Lejeune

En juillet 1629, Samuel de Champlain est forcé à la reddition de la jeune colonie de Québec  devant les frères Kirke, des corsaires agissant au nom de l'Angleterre. Outre cette première possession anglaise de la Nouvelle-France, un autre fait historique se cachait dans les bagages des envahisseurs : Olivier Lejeune, le premier esclave africain à vivre et mourir dans la ville de Québec. Très peu d'informations subsistent à son sujet. On sait qu'il est venu lors du siège des frères Kirke, probablement en tant que serviteur de l'un d'eux. On sait aussi qu'il fut vendu 50 écus à Le Baillif, un traître et commis français œuvrant pour les Anglais. Ce dernier le céda à Guillaume Couillard lorsqu'il quitta Québec, la ville revenue aux mains des Français par le traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632. Le père jésuite Paul Le Jeune lui apprendra les bases du catéchisme, voici ce qu'il écrit dans ses Relations :

« Je suis devenu régent en Canada, j’avois l’autre jour un petit Sauvage d’un côté, et un petit Nègre ou Maure de l’autre, auxquels j’apprenois à connoître les lettres. Après tant d'années de régence, me voyla enfin retourné à l'A, B, C. mais avec un contentement & une satisfaction si grande, que je n'eusse pas voulu changer mes deux écoliers pour le plus bel auditoire de France »[1]

Ainsi, un jeune Malgache devint l’un des premiers étudiants de notre histoire académique. Il sera baptisé en mai 1633; on lui donnera le nom d'Olivier, en l'honneur du commis-général Olivier Letardif (gendre de Guillaume Couillard), et Lejeune pour son précepteur jésuite.

Olivier Lejeune n'est mentionné que seulement deux autres fois dans les documents de la Nouvelle-France : en 1638, il est mis « 24h à la chaisne » pour avoir calomnié Nicolas Marsolet et, dans le registre des sépultures, il est inhumé au cimetière de la côte de la Montagne le 10 mai 1654.

(Source : Aly N’Diaye Webster)

Marie-Josèphe Angélique

Marie-Josèphe est née à Madère, au Portugal, vers 170. Vendue à un colon hollandais, il se retrouve en Nouvelle-Angleterre, avant d’être cédée au négociant français, François Poulin de Francheville, qui l’installa à Montréal et la fit baptiser sous le nom d’Angélique. Elle est décédée à  Montréal, le 21 juin 1734 par pendaison.

En effet, en 1734, après que le quartier des marchands de la ville ait brûlé, la rumeur publique l’a accusée d’avoir allumé l’incendie. Il est allégué qu’Angélique aurait commis l’acte en essayant de fuir l'esclavage avec son amant blanc, Claude Thibault, pour aller en Nouvelle-Angleterre, persuadés qu’ils vivraient mieux leur amour là-bas. Cet amour était inacceptable à l’époque car « contre nature ».  Mais aucune preuve n’était apportée pour l’incriminer. Questionnée par sa maîtresse la veuve Francheville si elle était à l’origine de cet incendie, elle répondit « Madame, quoi que je sois méchante, je ne suis pas assez malheureuse pour faire une action comme cela. » (Serge bilé, op,cit. p.86).  À Marie-Louise Poirier, une ancienne domestique de la veuve Francheville, qui l’accusa de détester les Blancs, elle répliqua « ...qu’il n’y a pas de mal à penser que les « les Français ne valent rien, mais qu’elle n’a jamais dit qu’elle les ferait brûler ». (Serge Bil, op.cit. p.92). E dépit de l’absence de preuve, Marie-Josèphe Angélique est condamnée, torturée et pendue. Bien qu’on ignore toujours si elle a allumé ou non l’incendie, l’histoire d’Angélique est devenue un symbole de la résistance des Noirs et de la liberté.

(Pour en savoir plus : http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/marie-joseph-angelique/, et Bilé, Serge (2015), Esclave et Bourreau. L’histoire incroyable de Mathieu Leveillé, esclave de Martinique devenu bourreau en nouvelle-France, Québec, Septentrion, pp. 79-111)

Mathieu Léveillé

Mathieu  Léveillé est un esclave martiniquais du sieur Sarrau. Mû par la soif de la liberté, il s’est enfui trois fois, mais fut repris. Conformément au Code noir qui régissaitt la vie des esclaves dans les îles françaises, il fut condamné à mort en 1733. Il attendait en prison son exécution lorsque l’intendant Jacques Panier d’Orgeville lui proposa de choisir entre la pendaison en Martinique ou être bourreau en Nouvelle-France. D’après Serge Bilé, le métier de bourreau, chargé d’exécuter les condamnés à mort, est un travail éprouvant physiquement et psychologiquement. Les bourreaux en Nouvelle-France  qui n’étaient pas tous esclaves souffraient d’infamie. Bien qu’elle est friande des exécutions, la population les méprisaient. Ils vivaient souvent seuls, isolés, et malheureux. Il arrive que des esclaves pressentis comme bourreaux préfèrent la mort plutôt que d’êtres bourreaux. Les candidats étaient rares. Raison pour laquelle on alla en chercher dans les îles. En 1723, après la mort du bourreau Pierre Rattier, le gouverneur Beauharnois et l’intendant Dupuy de la Nouvelle-France écrivent à Maurepas, le ministre de la Marine de la France pour réclamer un bourreau. Après plusieurs demandes infructueuses, Maurepas les autorisent à en chercher dans les îles. C’est ainsi que l’on proposa à Mathieu Léveillé d’aller au Canada servir comme bourreau ou d’être pendu.

Le 13 mai 1733, à 24 ans, Mathieu Leveillé embarqua pour la Nouvelle-France. En Nouvelle-France, Mathieu Léveillé tombe souvent malade. Il mena une vie isolée et malheureuse. Il est souvent hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Québec. En 1740, on lui diagnostiqua la dépression. Le médecin prescrivit de lui trouver une femme pour lui tenir compagnie. On fit venir une femme de Martinique en 1742 pour lui. Mais celle-ci ne lui sera pas présentée car les autorités estiment que Mathieu n’est pas totalement remis de sa maladie et pourrait contaminer celle qui lui était destiné. Le 5 septembre 1743, il rentra à l’hôpital et n’en sorta jamais. Il mourut sans avoir vu celle qui lui est promise. « Personne, ou presque, n’assiste à ses obsèques. Ni la population qui le déteste, ni ses amis qu’il n’a pas » (Serge bilé, p.151). Le destin tragique et misérable de Mathieu Léveillé illustre le destin de nombreux esclaves d’ici et d’ailleurs.

(Source : Bilé, Serge (2015), Esclave et Bourreau. L’histoire incroyable de Mathieu Leveillé, esclave de Martinique devenu bourreau en nouvelle-France, Québec, Septentrion, 168 pages)

Jean Alfred

Jean Alfred est le premier député provincial noir de l'histoire du Québec. Né le 10 mars 1940 à Ouanaminthe (Haïti), il enseigne d’abord le français, le latin et la littérature française pendant 5 ans dans son pays natal, avant d’arriver au Canada, à la fin des années 1960, où il sera d’abord professeur à la Commission scolaire de l'Outaouais de 1969 à 1976, ensuite conseiller municipal à Gatineau de 1975 à 1976. Il est devenu un homme politique québécois engagé,  premier Noir élu à l'Assemblée nationale du Québec en 1976 comme député de Papineau dans l’Outaouais. Il est mort le 20 juillet 2015 à Gatineau.

Charlotte

Mme Charlotte est une esclave dont la résistance a permis de mettre un terme à l’esclavage au Québec. En effet, Mme Charlotte est une esclave qui avait appartenu à la famille Cook, et qui avait entre autres servi aux Antilles avant de suivre la famille à Montréal. En 1798, elle se sauve comme la plupart des esclaves des Amériques le faisaient dès le début de l’esclavage jusqu’à son abolition. La fuite des esclaves en quête de la liberté était une forme de résistance très répandue et connue sous le nom de « maronnage ». Charlotte fut arrêtée. On lui ordonna de retourner chez ses maîtres. Elle refusa. Elle en appela aux tribunaux. Le juge en chef James Monk du Banc du roi lui donna raison et la libéra en s’appuyant sur un point technique de droit. En effet, la loi britannique stipule que les esclaves ne peuvent être emprisonnés que dans des maisons de correction et non pas dans des prisons habituelles. Étant donné qu’il n’y a pas à Montréal de maison de correction, le juge Monk décide que Charlotte ne peut être emprisonnée. Le mois suivant, une autre esclave, Jude, est libérée par ce même juge pour des motifs identiques. James Monk précise dans sa décision qu’à l’avenir, il appliquera la même interprétation de la loi à des affaires similaires. Cette décision du juge Monk sonna le glas de l’esclavage au Québec.

Dany Laferrière

(Crédit : Mémoire d’encrier)

Né en Haïti, Dany Laferrière passe son enfance à Petit-Goâve. Il a débuté une carrière de journaliste à l’hebdomadaire Le Petit Samedi soir. Il part pour le Québec en 1976, fuyant la dictature des Duvalier suite à l’assassinat de son ami Gasner Raymond. Il travaille à Montréal comme ouvrier, puis se lance dans l’écriture avec un premier roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (VLB, 1985). Célèbre, il devient le représentant d’une génération qui va révolutionner l’écriture du roman avec son Autobiographie américaine d’où se détachent les ouvrages Éroshima (1987), L’Odeur du café (1991), Le Goût des jeunes filles (1992), Cette Grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit? (1993), Chronique de la dérive douce (1994), Pays sans chapeau (1996), La Chair du maître (1997), Le Charme des après-midi sans fin (1997), Le Cri des oiseaux fous (2000).

Lauréat du Prix Médicis pour L’énigme du retour (2009), Laferrière a construit une œuvre patiente et puissante. Il a publié Les années 80 dans ma vieille Ford (2005), Tout bouge autour de moi (2010/2011), L’art presque perdu de ne rien faire (2011). Il nous livre ses réflexions sur l’écriture et la lecture dans Journal d’un écrivain en pyjama (2013) et dans Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo (2015) il raconte quarante années de vie. Une longue lettre d’amour au Québec.

Pour le cinéma, Dany Laferrière a scénarisé Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1989), Le goût des jeunes filles (2004), Vers le Sud (2005) et a réalisé Comment conquérir l’Amérique en une nuit (2004). Pour la jeunesse, il a publié aux éditions La bagnole Je suis fou de Vava (2006), Prix du Gouverneur général, La fête des morts (2009), Le baiser mauve de Vava (2014). En 2014, il devient citoyen d’honneur de la Ville de Montréal. Traduit en 15 langues dont l’anglais, le chinois, le japonais, le coréen, l’allemand, le polonais, l’œuvre de Dany Laferrière rayonne dans le monde.

Le 12 décembre 2013, Dany Laferrière est élu à l’Académie française, son élection constitue un événement majeur dans les annales littéraires.

(Source : Mémoires d’encrier)

Michaëlle Jean

Après une brillante carrière au Québec comme journaliste et au Canada comme gouverneure générale, Michaëlle Jean a été élue Secrétaire générale de la Francophonie le 30 novembre 2014.

Née en 1957 à Port-au-Prince, en Haïti, c’est en 1968 qu’elle arrive au Canada avec ses parents qui fuient le régime dictatorial de François Duvalier.

Tout en enseignant la langue et la littérature italiennes, elle poursuit avec succès des études de maîtrise en Littérature comparée. Trois bourses lui permettent de parfaire ses connaissances en Italie, à l’Université de Pérouse, à l’Université de Florence et à l’Université catholique de Milan. Michaëlle Jean parle couramment cinq langues : le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol et le créole, en plus de lire le portugais.

Parallèlement à ses études, elle travaille pendant dix ans à la mise sur pied d’un vaste réseau de refuges d’urgence pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Ce réseau s’étendra sur tout le territoire québécois et dans d’autres provinces canadiennes.

De 1988 à 2005, Michaëlle Jean connaît une brillante carrière de journaliste et d’animatrice d’émissions d’information à CBC/Radio-Canada.

Le 27 septembre 2005, elle est désignée par la Reine la 27e gouverneure générale.

(Source : http://www.francophonie.org)

Yolande James

Née à Montréal, le 21 novembre 1977, Yolande James obtint un baccalauréat en droit civil de l'Université de Montréal en 2000 et un baccalauréat en common law de l'Université Queen's en 2003. Elle est admise au Barreau du Québec en 2004.

Elle a collaboré au développement d'un programme d'études pour les étudiants en difficulté dans l'ouest de l'île de Montréal de 1994 à 1998. Elle a été stagiaire en droit au ministère de la Santé et des Services sociaux en 2003 et en 2004, et conseillère politique au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux en 2004.

Pendant ses études, elle a été membre du comité organisateur du Mois de l'histoire des Noirs à l'Université de Montréal et lauréate de la bourse d'études Senator Frank Carrel en 2003. Madame James a été membre du conseil d'administration de l'Office Québec-Amériques pour la jeunesse de 2005 à 2007.

En politique, Madame James a été vice-présidente jeune de l'Association libérale de Nelligan et attachée politique du député de Nelligan de 1998 à 2003, coordonnatrice régionale de Montréal-Ouest pour la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec. Elle a été élue députée de ce parti dans Nelligan à l'élection partielle du 20 septembre 2004. Réélue en 2007, en 2008 et en 2012, elle a été désignée adjointe parlementaire de la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles du 2 mars 2005 au 21 février 2007. Elle a été nommée ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles dans le cabinet Charest du 18 avril 2007 au 10 août 2010, ministre de la Famille du 6 mai 2010 au 19 septembre 2012, et leader parlementaire adjointe de l'opposition officielle du 28 septembre 2012 au 8 avril 2013. Elle ne s'est pas représentée lors des élections législatives de 2014.

Madame Yolande James est désormais analyste politique à la télévision de Radio-Canada depuis l'été 2014.

(Source : Assemblée nationale du Québec).

Maka Kotto

Né à Douala au Cameroun, Maka Kotto est député de la circonscription provinciale de Bourget après l’avoir été (de 2004 à 2008) à la Chambre des communes du Canada pour le Bloc québécois dans la circonscription de Saint-Lambert. Il a été ministre québécois de la Culture et des Communications dans le gouvernement de Pauline Marois.

Il est diplômé du Conservatoire libre de cinéma français, Paris (études cinématographiques) et détient un Certificat d’études de l’École de l’acteur Florent, Paris (art dramatique). Il a fait des études à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, et à la Faculté de droit de Nanterre, en France.

Avant de faire de la politique, il fut comédien au théâtre, au cinéma et à la télévision en Afrique, en France et au Québec. Il a joué dans une trentaine de films et de séries télé, dont Marche à l’ombre, de Michel Blanc, L’Amour en douce et Beaumarchais, l’insolent, d’Édouard Molinaro, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, de Jacques W. Benoît, Urgence, Diva, La Conciergerie, de Michel Poulette, Une pour toutes, de Claude Lelouch, Lumumba, de Raoul Peck, Mémoires affectives, de Francis Leclerc, et Un dimanche à Kigali, de Robert Favreau.

(Source : Journal de Mercier-Est).

 

Vous pouvez soumettre une brève biographie des figures noires notables du Québec d’hier et d’aujourd’hui.

[1]Relations de Jésuites, éd. Thwaites, V, 62.